dimanche 26 février 2017

De la nudité vraie, du chamanisme et des voyages entre les mondes



L'atelier de chamanisme que j'ai suivi le week-end passé, m'a incité à évaluer ma conception de Case des hommes, ce blogue que je rédige depuis mai 2008. Par exemple à me demander si je publie des photos de mecs à poil uniquement pour attirer des visiteurs. Si je ne suis pas trop vieux pour comprendre les préoccupations des mâles en général, ainsi que les problèmes qui se posent plus particulièrement aux femmes et hommes LGBT.




Durant la semaine écoulée, au lever du soleil, j'ai battu mon tambour de chaman, confectionné dans la peau d'un cerf rouge qui pâturait aux Grisons (les montagnes à l'est de la Suisse). J'ai médité au son des voix viscérales de moines tibétains qui vous nettoient profondément les tripes. Ce qui m'a libéré de mes incertitudes et perplexités.

La nudité masculine pose problème à notre société. D'une part, nous nous gorgeons de vidéos porno qui mettent en scène tous les ébats imaginables (ou non) rassemblant femmes et hommes nus. D'autres part, la bienséance impose des feuilles de vigne là où nos arrière-grands-pères se trouvaient naturellement à poil en compagnie d'autres mâles. Ceux de leur famille -- les plus âgés comme les plus jeunes --, leurs camarades ainsi que des voisins, le facteur, le docteur. Pour nager à la rivière, partager des vestiaires, des chambrées militaires et même des lits. À l'époque, on ne parlait guère d'homosexualité et les tripotages entre adolescents, ou célibataires adultes, s'expliquaient simplement par la mise sous clé des filles à marier.


Les amitiés fortes entre gars étaient jugées naturelles, alors qu'aujourd'hui il faut se contrôler, chaque geste d'affection pouvant être mal noté. De situation naturelle qu'elle était, la nudité est maintenant entourée d'un halo trouble de sexualité. Regardez tous ces gars au vestiaire qui se tortillent dans leur serviette pour baisser ou remettre leur slip!




Ce blogue participe ainsi à la croisade pour la libération des corps. Donc des individus. Le corps est l'enveloppe de l'être humain. Le vêtement le couvre pour le protéger du froid, du soleil, des frottements dans un métro bondé, et des avances déplacées. À poil, le corps est respectable aussi bien dans la perfection lisse de la jeunesse que dans la maturité de l'âge, avec trop ou trop peu de muscles, de poils, d'embonpoint.

Alors, affranchissons-nous du joug des jugements moraux, sociaux et religieux. Retrouvons la joie d'habiter notre corps, celle que nous éprouvions durant la première enfance. Sachons partager des caresses qui ne sont pas immédiatement des invites sexuelles, cultivons le plaisir du regard sans concupiscence, l'admiration de la beauté pour la beauté et non pour la possession.

Et que cette attitude se retrouve aussi lorsque nous regardons des photos. On peut trouver le mec à notre goût sans être dépité de ne le rencontrer qu'en image. Être heureux de sa beauté, de son existence quelque part dans le monde et lui envoyer une pensée bienveillante, sans concupiscence.


Sur tous les continents, les chamans sont des explorateurs qui parcourent l'espace à la recherche de fractions d'âmes que les humains ont perdues durant leurs épreuves. Ils les rapportent afin d'assurer la guérison morale et physique de ceux qui en étaient séparés. Les chamans des peuples premiers sont à la fois poètes, devins et guerriers parce qu'ils doivent savoir se battre pour naviguer entre les mondes. Ils complètent cela par des connaissances de guérisseur herboriste et gemmologue. En plus d'unir le ciel et la terre, des chamans traditionnels ont lié l'énergie féminine à la masculine dans leur chair en étant ce que nous nommons aujourd'hui lesbiennes ou gays. C'est pourquoi mon apprentissage est une aventure passionnante, je me sens comme on dit "dans mon élément", validé par une tradition.


Néanmoins, je resterai un apprenti jusqu'à la fin de mes jours. Il faut beaucoup plus de temps qu'il ne me reste à vivre pour devenir un chaman accompli. En revanche, j'apprécie la possibilité qui nous est donnée en Occident de développer un chamanisme de base, dépouillé des traditions amerindiennes, sibériennes, africaines ou autres qui ne font pas partie de notre culture. J'apprécie aussi de pouvoir voyager dans les mondes extérieurs sans ingérer de substances hallucinatoires, et d'être assuré que mes expériences, ainsi que l'accompagnement de mon animal totem, ne sont pas le produit d'une imagination stimulée par la chimie des plantes.

 André

dimanche 19 février 2017

Les boxeurs grecs combattaient à poil -- même aux funérailles...


Diagoras porté en triomphe par ses fils.
Le boxeur Diagoras de Rhodes (Διαγόρας ὁ Ῥόδιος) est porté en triomphe dans le stade par deux de ses fils, champions eux aussi. Cet acte de piété filiale se passe au 5e siècle avant notre ère. La célèbrité dont jouissait Diagoras était causée d'abord par ses propres victoires, puis également par celles de ses fils Damagetos (champion olympique de pancrace en 452 et 448) et Akousílaos (boxe, en 448). C'est lors de leurs victoires en 448 que les deux frères ont associé leur père à leur propre triomphe alors que la foule les couvrait de lauriers. Deux petits-fils de Diagoras ont également collectionné des succès dans les sports de combat.




Selon la légende, Diagoras serait mort de joie, en plein triomphe, alors qu'il avait touché au plus haut sommet qu'un mortel et un père puisse atteindre.


Après le match, 300 à 200 avant notre ère.
Un troisième fils de Diagoras, Dorieús, a aussi remporté de nombreuses couronnes en pancrace. Ce sport combinant lutte et boxe est à peu près l'équivalent des arts martiaux mixtes (MMA), amalgame si brutal qu'il est interdit en compétition dans de nombreux pays, notamment à cause de la violence des coups qui peuvent être portés sur un combattant au sol et de la multiplicité des zones de frappe autorisées.


Pour les Grecs d'avant l'ère chrétienne, la nudité était naturelle et vertueuse. Lorsque un jeune athlète se défaisait de ses vêtements en entrant dans le stade, il n'exposait pas tant sa nudité que l'uniforme de la droiture, on dirait aujourd'hui du fair play. Ce qui ne signifiait pas non plus qu'il allait totalement s'en tenir aux règles... La triche et les coups bas sont inhérents aux sports de compétition.

L'homme à terre signale qu'il abandonne la lutte.
À propos de nudité, une autre légende rapporte que Kallipáteira, fille de Diagoras et mère de l'un de ses petits-fils champions, s'était rendue aux Jeux olympiques habillée en mec pour suivre les exploits de son rejeton et d'un neveu. Or, excepté les prêtresses de Déméter, déesse de la Fertilité, [une bonne raison de se faire religieuse], les femmes n'avaient pas le droit d'assister aux compétitions dénudées. La mère supportère a été découverte et présentée aux membres du Hellanodíkai (Comité olympique). En principe, son sacrilège méritait une condamnation à mort. Elle y échappa grâce à son appartenance à une famille de champions. Mais il fut décidé que des personnes douteuses entrant au stade devrait désormais se déshabiller pour prouver leur honnêteté.



Si l'on s'en réfère à l'Illiade, les guerriers mycéniens intégraient la boxe parmi les jeux funéraires destinés à glorifier les soldats morts au champ de bataille. Homère mentionne les épreuves organisées par Achille pour honorer la mémoire de son ami Patrocle tombé sous les murs de Troie. Notamment un pugilat, et une lutte à laquelle Ulysse prit part. Les Grecs anciens ont longuement débattu de la relation entre les deux guerriers. Hercule et Patrocle étaient-ils simplement copains, voire amis avec bénéfices [à la guerre comme à la guerre!] ou compagnons amoureux l'un de l'autre. Homère demeure discret alors que l'amour sensuel ne fait aucun doute pour Eschyle qui met en scène un Achille en pleurs évoquant leurs baisers torrides. Pour ce poète, Patrocle était l'éromène et Achille l'éraste. Le peintre Sôsias (vers 500 avant notre ère) le contredit dans la représentation bien connue d'Achille pansant Patrocle en figurant Patrocle avec collier et moustache face à un Achille très juvénile et glabre.

Art gallo-romain, an 175 de notre ère.

La boxe nous menés à nous demander qui, dans cette Grèce antique, était l'éromène, l'adolescent du couple pédérastique, et qui l'éraste, l'aîné. Le jeune garçon devenait attirant et disponible lorsqu'il quittait le gynécée (les jupes de sa mère) pour fréquenter la palestre afin de se cultiver et muscler. Puis le jeune éromène changeait de rôle lorsque lui poussaient des poils au cul et au menton. On le voit, les relations entre mâles étaient très codifiées à cette époque. Pourtant moins cruelles que les origines de la boxe. Thésée, roi légendaire d'Athènes, avait publié le réglemant. Le pugilat mettait face à face deux combattants assis qui s'affrontaient poings nus jusqu'à la mort de l'un d'eux. Plus tard, les boxeurs se sont battus debout, nus, mais pourvus de gants munis de pointes. De là l'expression tordue: "la vie n'a pas de prix".

André